Livres de mathématiques

Traces de lecture : Histoire populaire des sciences – Clifford D. Conner


Je vous conseillais il y a quelques jours l’excellent livre de Clifford D. Conner – Histoire populaire des sciences. Vous trouverez un article de présentation ici.

Voici quelques traces de lecture, quelques passages marquants dont j’aimerai me souvenir…

 

Au sujet de la forme du globe

… La plupart d’entre nous appris à l’école qu’avant que Colomb ne traverse les flots bleus de l’Océan en 1492, il était quasiment le seul à savoir que le globe n’était pas plat. Cette légende (initialement forgée par Washington Irving dans sa biographie de Colomb) est aujourd’hui couramment présentée pour ce qu’elle est dans les manuels d’histoire, mais elle a été remplacée par une version tout aussi erronée. On enseigne aujourd’hui aux élèves que Colomb avait appris que la Terre était ronde auprès de savants universitaires de son temps, qui eux mêmes, l’avaient lu chez Aristote et d’autres auteurs antiques. Les marins de l’époque étant prétendument moins éclairés que les savants, on raconte même que l’équipage de Colomb aurait craint de passer par dessus le monde.

Il apparaît pourtant de façon claire, dans les propos des auteurs anciens, que leur connaissance de la forme du globe reposait sur l’expérience des navigateurs, et il n’y a aucune raison de penser que les marins des époques ultérieures aient eu une conscience moindre du phénomène. Ainsi, écrivait Strabon, à propos de la forme sphérique de la Terre, on peut partir de ce que l’on peut voir sur mer ou dans le ciel :

De toute évidence, c’est la courbure de la mer qui intercepte la vue des navigateurs et les empêche d’atteindre du regard les lumières lointaines situées à hauteur de leurs yeux; mais si elles sont situées plus haut que l’oeil, elles apparaissent alors, malgré une distance parfois supérieure; de même si l’oeil qui se trouve plus haut, il perçoit ce qui lui était auparavant caché… De façon similaire, quand on cingle vers la terre ferme, on découvre toujours davantage des régions côtières…

Pages 223 et 224

Et oui, les hommes n’ont pas attendu 1492 et Christophe Colomb pour comprendre la forme du globe terrestre. Quelques illustres inconnus l’avaient bien compris bien avant lui.

Au sujet de la vaccination

Voilà un passage fascinant où on apprend qu’une tradition de vaccination, plus exactement d’inoculation, existait en Afrique bien avant sa découverte par les médecins européens.

C’est un contemporain de Withering, Edward Jenner, qui est traditionnellement salué comme le grand médecin qui sauva l’humanité du fléau de la variole ou petite vérole en introduisant la pratique de la vaccination…. Comme l’observait un commentateur du XVIIIe siècle : cette merveilleuse invention fut à l’origine trouvée, non pas de savants érudits, mais par une sorte de gens vulgaires, ordinaires, de peu d’éducation… Elle fut rarement sinon jamais utilisée par les gens de qualité avant le début du siècle présent.

Le célèbre prêcheur puritain Cotton Mather apprit la technique de l’inoculation d’Onésime, un esclave dont il était le propriétaire. Dans une lettre du 12 juillet 1716, Mather écrivait à des amis en Angleterre :

Je vous assure que, plusieurs mois avant que je ne rencontre la moindre indication que l’on traite la petite vérole par la méthode de l’inoculation où que ce soit en Europe, j’eus de mes serviteurs une description de sa pratique en Afrique. Demandant à mon nègre Onésime, qui est un garçon fort intelligent, s’il avait déjà eu la petite vérole, il me répondit, à la fois , que oui et que non; puis il me raconta qu’il avait subi une opération, qui lui avait donné un peu de la petite vérole, et qui le préservait pour toujours de celle-ci; ajoutant que cela se faisait souvent chez les Goramantais, et que quiconque avait le courage de s’y prêter était pour toujours débarrassé de la crainte de la contamination. Il me décrivit l’opération et me montra son bras, et la cicatrice que cela lui avait laissé.

J’ai depuis rencontré un nombre considérable de ces Africains qui s’accordent tous sur une histoire : que dans leur contrée tout pleins meurent de la petite vérole; mais ils ont appris à faire une chose : des gens prennent du jus de la petite vérole; puis coupent la peau, et y déposent une goutte; et voilà qu’ils sont tout malades : et puis après il ne reste plus grand chose de la petite vérole ; et plus personne n’en meurt; et plus personne n’attrape jamais la petite vérole…

Pages 116 et 117

Voilà comment les peuples et les pratiques traditionnelles éclairent un peu plus la naissance des sciences officielles

Un livre passionnant… Une dimension inhabituelle qui éloigne les images d’Epinal des savants géniaux et illuminés qui révolutionnent seul le savoir d’une époque. La réalité est moins spectaculaire mais tellement plus rassurante sur la nature de l’être humain.

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