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Numworks : la calculatrice made in France

Mis à jour le 20 février 2018

Mode examen reporté à la session 2019 : le 20 février 2018 la circulaire de 2015 concernant le mode examen obligatoire est reporté d’une année. Ainsi pour la session 2018 aucune obligation de posséder une calculatrice possédant un mode examen et pour ceux en possédant une de l’utiliser lors du BAC, BTS et autres concours organisés par l’Education Nationale. La circulaire est reporté à 2019. La raison est un manque d’égalité entre les candidats introduit par cette mesure. En effet la loi précise que le candidat doit pouvoir passer en mode examen en début d’épreuve sur la demande du surveillant de salle. Or sur la plupart des modèles de calculatrice à part la Numworks, sortir du mode examen est complexe, demande une connexion à un PC ou une autre calculatrice. Ainsi dans le cas de deux épreuves consécutives demandant le mode examen certains étudiants n’auraient pas la possibilités de sortir du mode examen et les centres d’examen pas les moyens de fournir un PC aux étudiants.

Le 29 août 2017 une petite révolution discrète a eu lieu dans le monde des calculatrices. Après des années où Casio et Texas Instrument se sont partagés le marché de la calculatrice scolaire, voici la naissance d’un petit nouveau, Numworks, et contrairement à ce que peut laisser penser son nom, il s’agit d’une calculatrice française !

Romain Goyet le fondateur de Numworks

Diplômé de Polytechnique et de Télécom ParisTech, Romain Goyet entre chez Apple en 2007 en tant qu’ingénieur logiciel avant de créer dès 2009 Applidium, une startup spécialisée dans le développement d’applications mobiles. Applidium est connu pour ses travaux sur le lecteur multimédia open source VLC, rendu disponible sur l’App Store dès 2010.  Elle s’est également illustrée en craquant le logiciel de reconnaissance vocale Siri, développé par Apple, et en publiant le mode d’emploi de Siri sur son site internet.

En 2016 Romain Goyet fonde la startup Numworks et propose sont premier modèle le 29 août 2017. Entre temps ce projet à gagné la cinquième édition du concours d’innovation numérique.

Je vous invite à lire le communiqué de presse de Numworks sorti le 29 août 2017.

Voici l’annonce de cette sortie sur le site de Numworks.

Une vidéo de l’interview de Romain Goyet sur BFM Business où il présente le projet et sa philosophie.

Une autre vidéo intéressante sur la calculatrice Numworks et son créateur :

 

Une calculatrice gratuite pour les enseignants ?

Il y avait une bonne surprise pour les professeurs en cette fin août 2017. Une calculatrice était offerte à tout ceux qui enverraient un mail pour tester cette calculatrice. J’ai eu la chance d’en recevoir une dans mon casier début septembre et j’ai bien sur incité tous mes collègues à faire de même. Il semblerait que je sois le seul chanceux à avoir reçu le précieux … Numworks est en rupture de stock, dépassé par la demande des enseignants. Dorénavant Numworks propose une prix préférentiel, 49.99 euros au lieu de 79.99 euros, pour ceux d’entre nous qui souhaite tenter l’aventure. Cependant l’offre gratuite est toujours disponible pour les enseignants sur le site… pourquoi ne pas tenter sa chance !

Prise en main de la Numworks

Habitué des calculatrices de la concurrence, Casio, HP et Texas Instrument, la surprise est grande avec la Numworks. Un design très moderne, façons Apple, légère, arrondie, une calculatrice étonnante qui donne un méchant coup de vieux à ses camarades. Je vous laisse l’observer sur le site Numworks. Elle mesure 16 cm de long sur 8 cm de large pour une épaisseur de seulement 1 cm et une masse de 167 g !

Première nouveauté, la Numworks est doté d’un couvercle coulissant du meilleur effet, beaucoup mieux conçu que la plupart de ceux que j’ai testé.

Comme le dit le concepteur, personne n’y avait pensé avant mais… il y a un bouton ON/OFF sur cette calculatrice ! Et oui, chez Casio et Texas on cherche le Off avec la fameuse combinaison Shif On, pas sur celle-ci.

Bonne surprise à l’allumage, un bel écran LCD proposant 262 144 couleurs de 7,1 cm, 320 x 240 pixels en 140 PPI.

On découvre un menu constitué de 8 icônes ( version 1.3 ) :

  • Calculs
  • Fonctions
  • Suites
  • Statistiques
  • Probabilités
  • Régressions
  • Python
  • Paramètres

Un clavier 43 touches dont une directionnelle, une touche Home, une touche On/Off, OK et retour. Comme sur les autres machines on a un mode Alpha et Shift pour étendre le clavier. Une touche spéciale Toolbox permet d’accéder à des possibilités supplémentaires dans certains contextes. Un autre touche Var permet de sélectionner les variables. On remarque aussi un touche dédié au nombre \pi et une autre pour le nombre complexe i

La batterie de 1620 mA est de type Lithium Polymère, elle est annoncée pour 20 h d’autonomie et rechargeable par le port micro usb à l’avant.

Le processeur ARMv7 est cadencé à 100 Mhz pour une flash Rom de 1 Mo et 256 ko de SRAM.

Au dos on trouve sans surprise un bouton Reset. 

C’est une calculatrice très agréable à utiliser et qui donne envie de faire quelques expériences mathématiques. Le design très novateur pour une calculatrice donne un côté ludique à cette machine qui se présente avec son écran couleur comme une mini console de jeux. Posé sur mon bureau elle est très convoitée par mes élèves et mes collègues…

Les fonctionnalités de la Numworks

Cette partie correspond à la version 1.3.0 du 1 février 2018.

Tout d’abord je vous invite à la tester directement en ligne depuis l’émulateur gratuit mis à disposition sur le site des concepteurs. Là encore, c’est une révolution dans le monde fermé des calculatrices !

La principe qui a guidé la conception de cette calculatrice consiste à rendre du temps mathématique aux professeurs. En effet il est bien pénible de former des élèves à l’usage d’un outil plutôt qu’aux mathématiques que cet outil permet de faire. Numworks prétend se passer de manuel d’utilisation, la machine doit permettre un usage intuitif. Voyons si elle passe cette épreuve ! Pensez à lire cette page sur les fonctionnalités de la Numworks.

Le module Calculs

La calcul numérique présente quelques particularités :

  • on peut passer en mode scientifique ou décimal avec une précision de 14 décimales ;
  • les calculs fractionnaires sont possibles : 3/8 + 3/7 revoit 45/56 et en grisé une valeur approchée à 14 chiffres. Avec cette calculatrice pas de manipulation supplémentaire pour obtenir une valeur approchée;
  • pour les fractions, cette calculatrice est capable de calcul exact mais ne permet pas la saisie étagée. Ainsi la saisie de 1+1/(1+1/(1+1/(1+1))) donnera ensuite une saisie étagée avec la valeur exacte et une valeur décimale;

  • la Numworks sait calculer avec les racines carrées :

  • les nombres complexes sont également connus par la Numworks :

  • la calcul formel n’est pas loin et d’ailleurs quelques prémices apparaissent dans cette nouvelle version :Mais pour quelle raison est-il ajouté undef après ces expressions ? Et si les polynômes étaient ordonnés ce serait mieux, non ?
    La Numworks développe donc assez bien, même si elle ordonne pas encore. Par contre rien qui concerne la factorisation, la dérivation… et tout ce qu’on peut attendre d’une véritable calculatrice formelle.

 

  • Pour les nombres entiers, elle accepte jusque 100 chiffres… impressionnant !
    Ainsi en lui demandant 23^{65} la calculatrice Numworks réponds :

32531893445129332611554645425981044974375991037324055622153329695632580166211412428357143 \approx 3,253189445129 \times 10^{88}

  • En plus des fonctions habituelles accessibles depuis le clavier on peut utiliser la Toolbox pour obtenir des fonctions complémentaires. Une nouvelle fois l’ergonomie de la Toolbox permet de choisir une fonction en connaissant sa syntaxe et ce qu’elle fait… pas besoin de manuel complexe pour comprendre !

    • Calculs
      • diff(f(x),a) : nombre dérivé
      • int(f(x),a,b) : intégrale
      • sum(f(n),nmin,nmax) : somme
      • product(f(n),nmin,nmax) : produit
    • Nombres complexes
      • abs(x) : module
      • arg(z) : argument
      • re(z) : partie réelle
      • im(z) : partie imaginaire
      • conj(z) : conjugué
    • Dénombrement
      • binomial(n,k) : coefficient binomial, combinaisons de k parmi n
      • permute(n,r) : arrangements de r parmi n
    • Arithmetique
      • gcd(p,q) : PGCD(p,q)
      • lcm(p,q) : PPCM(p,q)
      • factor(n) : décomposition en facteurs premiers
      • rem(p,q) : reste de la division euclidienne de p par q
      • quo(p,q) : quotient de la division euclidienne de p par q
    • Matrices
      • inverse(M) : inverse
      • det(M) : déterminant
      • transpose(M) : transposée
      • trace(M) : trace
      • dim(M) : dimension
    • Aléatoire et approximation
      • random() : nombre aléatoire dans [0;1[
      • randint(a,b) : nombre aléatoire dans [a;b]
      • floor(x) : partie entière
      • frac(x) : partie décimale
      • ceil(x) : plafond, partie entière augmenté de 1
      • round(x,n) : arrondi à n chiffres
    • Trigonométrie hyperbolique
      • cosh(x) : cosinus hyperbolique
      • sinh(x) : sinus hyperbolique
      • tanh(x) : tangente hyperbolique
      • acosh(x) : inverse cosinus hyperbolique
      • asinh(x) : inverse sinus hyperbolique
      • atanh(x) : inverse tangente hyperbolique
    • Intervalle fluctuation
      • prediction95(p,n) : intervalle fluctuation aux 95%
      • prediction(p,n) : intervalle fluctuation simple
      • confidence(f,n) : intervalle de confiance
    • Non classés
      • abs(x) : valeur absolue
      • root(x,n) : racine n-ième
      • log(x,a) : logarithme de base a
Les module Fonctions, Suites, Statistiques, Probabilités, Régressions

On rentre dans la plus grande force de la Numworks : la simplicité. Sur un même écran elle propose la fonction, le graphique, le tableau de valeurs. Le graphique est en couleur, clair, on peut zoomer, calculer un nombre dérivé, modifier facilement la fenêtre… Top

Pour les fonctions quelques calculs supplémentaires sont proposés :

  • Intersection
  • Maximum
  • Minimum
  • Zéros
  • Tangente
  • Intégrale

Même commentaire pour les autres modules : simplicité, ergonomie. Pour les probabilités sont proposés :

  • La loi binomiale
  • La loi uniforme
  • La loi exponentielle
  • La loi normale
  • La loi de Poisson

Le module statistiques propose des statistiques à une variable, pondérée ou pas et les critères suivants :

  • Effectif total
  • Minimum
  • Maximum
  • Etendue
  • Moyenne
  • Ecart type
  • Variance
  • Premier quartile
  • Troisième quartile
  • Mediane
  • Ecart interquartile
  • Somme
  • Somme des carrés
  • Ecart type échantillon

Et tout cela en français !!

Le module Régressions permet le travail sur des statistiques à deux variables :

  • Moyenne
  • Somme
  • Somme des carrés
  • Ecart type
  • Variance
  • Nombre de points
  • Covariance
  • Somme des produits
  • Regression de type ax+b
  • Valeurs de a, b, r et r^2
Le module Python

Vous lisez bien… Python. Enfin une calculatrice qui propose un langage de programmation recommandé par les programmes de mathématiques, un langage libre et gratuit, un langage moderne et tellement répandu qu’il est inutile ici de vanter ses vertus. Un langage pour faire des maths… des vrais maths !!

On peut écrire plusieurs scripts et les sauvegarder. Je vous invite à consulter cette page sur le site officiel.

Voici un moyen de faire de la programmation directement sur la calculatrice de nos élèves sans passer par la fameuse salle informatique !

La calculatrice Numworks et le mode examen

Quelle galère que ce mode examen !

C’est une bonne idée de départ qui permet de rétablir l’égalité entre les candidats. Le mode examen consiste à ne pas donner accès aux anti-sèche cachées dans la machine pendant l’épreuve. Une diode allumée certifie la présence du mode examen ce qui simplifie la vie des surveillants de salle.

Seul soucis, mais de taille, quand la calculatrice est en mode examen, on peut ajouter des programmes et donc des informations illégales. Il faut donc s’assurer que les élèves ont quitté le mode examen et qu’ils le mettent au début de l’épreuve et pas avant. Or autant il est facile sur toutes les calculatrices de passer en mode examen, autant il est compliqué de le retirer sans passer par la terrible touche Reset. Sur la plupart des machines il faut brancher la calculatrice sur un ordinateur ou une de ses congénères et utiliser un programme particulier pour le remettre en mode normal.

Avec Numworks, c’est une nouvelle fois plus simple : il suffit de brancher la calculatrice à une prise de courant ou sur une batterie externe pour désactiver le mode examen. Certains établissements qui commencent à se demander comment fournir un ordinateur à chaque candidat entre l’épreuve de maths et de physique seraient très heureux de ne voir que des Numworks dans la salle !

 

Les mises à jour de la calculatrice Numworks

Et oui, la calculatrice Numworks peut être mise à jour !

Depuis que je l’ai reçu nous en sommes à la sixième versions :

Voilà un preuve de la réactivité des équipes de Numworks !

Bonne nouvelle depuis la version 1.2.0 les utilisateurs de Linux peuvent mettre à jour le système directement depuis le site avec Google Chrome.

Mon avis sur la Numworks

Vous l’avez compris en lisant ce billet : j’adore cette calculatrice. Les raisons de ce choix sont nombreuses. Tout d’abord son look est parfait. Simple, efficace, une ergonomie réfléchie, sobre, moderne. Une calculatrice faite pour faire des maths au lycée et qui ne cherche pas à impressionner en se faisant passer pour un ordinateur dont on arrivera jamais au bout de l’énorme manuel d’utilisation. Elle fait ce qu’on lui demande, le fait avec simplicité et le fait bien.

Ensuite pour le principe j’aime l’idée qu’une concurrente française au duo Casio/Texas apparaisse sur le marché. En plus cette machine reste dans l’esprit du logiciel libre en mettant toute sa conception, tous les plans mécaniques, électroniques et logiciels à disposition. En cherchant sur le site officiel on trouve comment aider au développement du logiciel, comment imprimer en 3D la coque de la machine, comment créer la plaque électronique… C’est un véritable outil pédagogique et éthique qui donne un exemple positif aux étudiants que nous formons. On est loin de l’obsolescence programmée et des vieux systèmes propriétaires fermés.

Numworks est une calculatrice de milieu de gamme, d’où sont prix autour des 80 euros qui vient sérieusement concurrencer les modèles de Casio et Texas. Elle est la seule à intégrer un environnement de programmation conforme aux nouveaux programmes 2017.

Enfin et c’est la même raison, elle offre aux geek que sont les étudiants en sciences et en mathématiques un nouvel objet pour se faire les dents. Quel plaisir de lire toutes les contributions un peu partout sur le Net autour de cette machine. Du Python à portée de main, sur chaque table de classe… on l’a rêvé, Numworks l’a fait. Une vraie calculatrice, belle et ergonomique qu’on est fier de prêter à ses élèves.

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